Alcool, famille et compagnons. M. témoigne

Un verre qui claque contre le plan de travail : un bruit banal, quotidien.
Pour moi, ce son est devenu un raidissement. « Ah. Il boit. » Encore.

Du rhum, de l’amaretto, du gin, de la bière, de l’eau alcoolisée, qu’importe.
La dernière bouteille, c’était de l’Apérol, pur, à même le goulot.
Des verres, j’en ai retrouvés planqués dans la buanderie, dans le garage, dans l’évier, sur l’appui de fenêtre. Lorsqu’ils ne sont pas vides, je jette le contenu et ça provoque chez lui le même effroi que si je brûlais un billet de cinquante euros.

Geste inutile, je le sais pertinemment, une autre bibine quelconque prendra le relais dès que j’aurai le dos tourné et j’entendrai à nouveau ce claquement glaçant sur le plan de travail.

Mais que faire d’autre ? Volontairement ne rien voir, lui servir à boire comme si c’était juste un apéro normal puis aller jeter les cadavres vides pour que personne ne les remarque, comme sa mère en a pris l’habitude ? Il n’y a rien à faire tant qu’il n’a pas décidé de s’en sortir lui-même, ai-je lu, entendu. Subir et attendre, donc.

Dans l’une de vos dernières vidéos, Stéphane, vous appeler à la compassion. J’essaie, réellement. De considérer l’alcoolisme comme une maladie, mon compagnon comme sa première victime. Mais qui éprouve de la compassion pour moi ? Pour tous ces proches qui subissent ?

Vivre avec un alcoolodépendant, c’est une solitude extrême. C’est vivre avec un secret qui ne m’appartient pas, donc ne pouvoir en parler à personne. Qui comprendrait ? Qui ne le jugerait pas ? Qui ne me conseillerait pas de partir, comme si c’était si simple ?

Vivre avec un addict, c’est un quotidien de craintes, une succession d’espoirs et de déceptions. C’est subir un savant mélange de mensonges et de manipulations. C’est décider de protéger en mettant peut-être d’autres personnes en danger. C’est recevoir un poids, énorme, sur les épaules. C’est l’impuissance.  

L’alcoolisme est une maladie, d’accord. Mais je ne puis m’empêcher de penser qu’il s’agit d’une maladie d’égoïste. Boire pour oublier ses problèmes. Mais en créer à d’autres.

M.