Sans titre

Voici le témoignage de Nadine, addict déconnectée.
Commençons par cette citation: “J’ai consulté mon téléphone : je n’avais aucun message. C’est à cela que servent les téléphones portables, à se rendre compte que personne ne pense à vous. Avant, on pouvait toujours rêver que quelqu’un cherchait à vous joindre, à vous parler, à vous aimer. Nous vivons maintenant avec cet objet qui matérialise notre solitude. Citation de David Foenkinos, La tête de l’emploi”

Alors c’est vrai que les réseaux sociaux ne nous offrent que des relations virtuelles, éphémères, superficielles mais sans Facebook, je ne serais jamais tombée sur ta page et je ne correspondrais pas de temps à autre avec toi pour échanger nos réflexions. Dans ce contexte de partages, je trouve cela enrichissant, tu ne trouves pas ?

Une chose m’a fait sourire dans ta vidéo, c’est lorsque tu racontes que tu vas à la toilette ou sous la douche avec ton smartphone de peur de rater un message. Figure toi que j’ai vécu cela aussi mais pour des raisons professionnelles.

Avant le premier confinement, j’étais intérimaire. Sans rentrer dans les détails, les contrats étaient pour 80% des cas journaliers, ah ben oui, c’est comme ça maintenant ! C’est le monde actuel ! Et donc chaque jour j’étais appelée à des heures variables selon les besoins de l’employeur. Si je ratais l’appel, la place était pour un autre, du coup, partout où j’allais, mon gsm était avec moi. J’ai accepté toutes les vacations de jour comme de nuit. Parfois appelée au pied levé. Après dix ans d’intérim, j’ai pété un câble !Dix ans d’intérim ? Oui, c’est une longue histoire…

Maintenant, je suis déconnectée ou presque, je surveille juste mon courriel et Facebook, c’est tout et certains jours c’est encore de trop pour moi alors je coupe mon wifi. J’ai besoin de cette solitude « choisie », je l’entends bien, je la recherche. Je ne supporte plus d’être sans arrêt sollicitée, les contraintes, le bruit, la foule, les gens pressés, impatients, leur violence…Le confinement a été une aubaine pour moi, j’ai pu me poser et depuis que j’ai goûté au calme, au vide, aux journées sans rien à faire, à la sérénité, ma vie a changé.

Je lis, j’écris, depuis peu je me suis mise à la peinture et je fais des tartes aux pommes !

Il est vrai que j’ai la chance d’avoir un jardin, c’est clair que c’est plus agréable que d’être confiné dans un appartement, j’en suis bien consciente.

Et puis il y a eu le déconfinement. Ah! Et là, le retour à la vie « normale » a été compliqué. Le trafic, les gens souvent mécontents, la pollution… s’est avéré anxiogène au point que maintenant j’évite ce monde qui me fait peur, je reste cloîtrée chez moi, je sors un minimum, je me suis en quelque sorte auto confinée. Ce qu’il se passe dans le monde, c’est la télé qui me l’apprend, un peu comme dans la chanson de Jean-Jacques Goldman, la vie par procuration.

Et quand mon mari veut sortir pour aller boire un verre, je dois me forcer, de plus comme je ne bois plus, c’est à la limite de la corvée. Avant, c’était moi qui demandait pour sortir. Le monde, les gens rivés sur leur smartphone, leur indifférence…je ressens cela comme un monde de violence, de perdition, de surconsommation… je ne le supporte plus, je suis tellement bien chez moi.

Paradoxalement je n’ai pas perdu ma joie de vivre, que du contraire, je dirais même que je l’ai retrouvée ! C’est étrange mais c’est comme ça.

En me déconnectant, je me suis « reconnecté » à moi-même, à la nature, aux grands espaces vides de population. À mon humble avis, c’est la société qui crée les addictions, l’homme devient esclave de ses inventions. Que se soit la cigarette, l’alcool, les drogues, les jeux… et maintenant les réseaux sociaux, à chaque fois l’homme crée le produit puis en devient esclave, addict. Je pense que s’interroger sur nos valeurs essentielles qui varient pour chacun de nous peut nous sauver.

Pour toi, comme j’ai pu le constater au fil de tes vidéos, il semblerait que ce soit la famille. Pour moi, la famille compte aussi mais passe après la santé et la création. Et pour créer, j’ai besoin de solitude, de silence, de calme.

Du coup pour ton bonheur, tu ne dois jamais perdre de vue tes valeurs dans chacune de tes décisions pour t’assurer d’être toujours en accord avec toi-même.
Pour ma part, je me suis laissée étouffée par les contraintes professionnelles et familiales au détriment de mon besoin de créer. C’est probablement pour cela que j’avais le sentiment que quelque chose coinçait chez moi. Ça, je viens de le comprendre en écrivant ce message, un peu long je le reconnais mais j’étais sur ma lancée… comme quoi tes vidéos sont bien le moteur d’une réflexion sur le thème que tu proposes.

Nadine.